Baya confirme sa popularité

La vente d'art moderne et contemporain – Afrique, Moyen-Orient, orchestrée par Ader Paris le 12 mars, a prouvé une nouvelle fois l'engouement des collectionneurs pour l'art si vivant de l'artiste algérienne Baya (1931-1998). Les six gouaches sur papier figurant au catalogue ont toutes largement dépassé leurs fourchettes estimatives, emportant l'adhésion des connaisseurs.

L'une d'elles, intitulée Deux femmes à la harpe et datée de 1992, s’inscrit pleinement dans le corpus tardif — celui des années 1980-1990 — aujourd’hui le plus activement échangé. Estimée entre 6 000 et 8 000 €, elle fit tomber le marteau à 21 100 €. On y retrouve le vocabulaire stabilisé de Baya : figures féminines frontales, hiératisme des visages aux yeux dilatés, et surtout cette imbrication serrée du végétal et de l’ornemental qui abolit toute profondeur illusionniste. Contrairement aux grandes compositions des années 1960-1970, où la monumentalité structurait encore l’espace, Deux femmes à la harpe procède par saturation, presque textile, où chaque motif semble pris dans une logique de répétition décorative maîtrisée.

Le dépassement de l’estimation confirme une tension croissante sur ce segment précis du marché. Les oeuvres de Baya les plus recherchées sont celles qui présentent une densité iconographique sans relâchement et une fraîcheur chromatique intacte.

Plus significatif encore : la typologie même du sujet. Le motif des « deux femmes » — souvent décliné avec instruments, oiseaux ou fontaines — fonctionne aujourd’hui comme un marqueur de reconnaissance immédiate, presque une signature iconographique. 

Ce résultat s’inscrit enfin dans un réalignement critique. Longtemps lue à travers le prisme de ses soutiens historiques — André Breton ou Pablo Picasso —, Baya bénéficie désormais d’une relecture autonome, nourrie notamment par les expositions institutionnelles récentes qui ont recontextualisé ses décennies de pleine maturité, à l'image de l'accrochage à l'Institution du Monde arabe en 2023 ou celui qui a cours jusqu'au 24 avril à la Fondation Maeght de Saint Paul de Vence.

Fatma HADDAD dite BAYA (1931-1998)
Deux femmes à la harpe, 1992
Gouache sur papier.
Signée et datée à droite.
Signée au dos.
49 x 49 cm
Adjugé 21 100 €